Jazz+Bach, Bach+samba…

Et quoi encore? Et avec des Punks, tu as pas essayé?

Tu n'as pas fini de "tor-piller" le père Bach?

 

 

Peut-être que ce qui est beau, ce n’est pas "la musique" de Bach mais "çà" qui s’exprime « par » la musique de Bach, non?

D’où vient sa musique, son génie? La construction est parfaite, ok. Mais ce n’est pas seulement cela qui nous fascine tant et nous "répare" partout où on serait un peu "à consoler".

Son génie vient de sa foi. Ok. Certes.

Mais la foi est-elle un savoir, une volonté, ou… un abandon à la « grâce », à l’inspiration?

Bach est il un intuitif? Un élégant? On se nourrirait alors de sa "vision poétique" ou de son savoir d’organisateur de "bouquets de sons"?

Certes, mais la musique est encore enseignée comme une "science" à cette époque…

Peut-être que ce n’est pas ce que les musiciens « font" qui nous plait, mais justement ce qui échappe à leur contrôle... une fois le travail du contrôlable aboutit, on serait "touché", comme "altéré" par ce qu’ils ne « font » pas volontairement?

Par ce que leur travail sensible, intense, approfondi permet de libérer? A leur insu?

L'élégance?

Mais l'élégance n'est pas une décision. Certainement ce qu'il reste après la recherche d'évaporation, ou de "sublimation" comme on dit en physique quand une matière solide passe à l'état gazeux sans passer par l'état liquide...

Qu’on joue, ou qu’on écoute, on écoute tous le silence en nous. 

Pour le silence et l’humilité auquel la musique nous ramène?

Les musiciens cherchent, "tendent vers" un horizon qui recule à mesure qu'ils avancent!

Peut-être que les musiciens rendent visite aux muses. Polymnie. Terpsichore. Euterpe. Erato.

Alors j’ai « visité » Couperin avec mon Bansuri et la poésie du raga. Cool.

J'ai visité Rameau avec Denis Colin. Quel génie ce Denis!

 

J'ai aussi visité Bach avec Henri Charles Caget à la batterie.

Je visite les cathédrales de Bach tout seul au piccolo avec mes amis de BatucaBach.

Sans changer une seule note des mélodies de Bach, jouant le plus « baroque » possible.

Les 3 percussionnistes ont échafaudé de nouvelles poly-rythmie en m’écoutant jouer. Ils ne connaissent pas les versions polyphoniques de Bach. 

Et la plupart de temps, ils ont retrouvé instinctivement les mêmes intuitions que Bach.

Cela continue de me fasciner! Ils sont parfois à quelques chromosomes de Bach finalement.

J’ai visité les fils Bach avec la flute baroque, avec la flute moderne,

et aussi avec les copains spécialistes des musiques anciennes, musicologues,

érudits, virtuoses : inépuisable source de fraicheur.

Hein de Jong JAZZ 5tet

Alors voilà qu’il me prend de revisiter ses harmonies, ses mélodies, ses formes avec la langue du jazz.

Et çà me plait. Et les 4 copains conviés jouent super bien.

Peut-être qu'on joue « avec » la musique Bach.

 

Hein de Jong connait par coeur la musique de Bach à 4 baguettes, virtuose. Mais aussi virtuose du jazz, improvisateur inspiré et méticuleux.

Jetse de Jong est un prodigieux pianiste de jazz... qui sait aussi "envoyer" du prélude et fugue et du Debussy...

Sami Foukani-Descamps jouait la contrebasse classique. Orchestre. Musique de chambre. Mais un problème de tendinite lui interdit désormais l’usage de l’archet.

Formidable musicien, lyrique dans ses walkings, poétique dans ses solos.

Christophe Drigon joue toutes les percussions et claviers. Il connait lui aussi les 2 langages parfaitement. Délicat. Précis. Organisé.

 

Et puis zut,

la définition du beau n’est définitivement pas accessible aux catégories de la pensée.

On essaie de s’en approcher. Avec humilité. Tous les jours.

Ne serions nous pas des... funambules?

Improviser c'est se livrer totalement au présent

Improviser c'est s'exposer, à tous les sens du terme.

C'est arracher de soi ce qui ne savait pas qui y était.

C'est sentir les auditeurs porter le funambule qu'on est devenu.

D'après B Seve, L’altération musicale (Seuil)